vendredi 26 juin 2009

Jour 16 : vendredi 23/01

L'ambassade
Afin d'obtenir une déclaration de vol suite au préjudice subi à Puno, nous nous rendons à l'ambassade de France à Lima. Malheureusement, nous ne pouvons pas porter plainte : il faut d'abord se rendre dans un commissariat local. Il y en a un à dix minutes d'ici. Nous avons une heure devant nous avant la fermeture.
A l'entrée du commissariat, un policier nous indique que nous ne pouvons porter plainte sans nous être acquittés avant d'une taxe à la banque. Encore cinq minutes de marche. Une fois obtenu notre reçu, nous fonçons au commissariat. Dix minutes de queue plus tard, l'agent responsable d'enregistrer notre plainte refuse de la prendre en compte : selon lui, il faudrait aller au commissariat de tourisme... à plus de vingt minutes en taxi, il nous sera impossible d'être de retour avant la fermeture de l'ambassade ! Dépités, nous prenons le parti d'abandonner. Néanmoins, en sortant, nous rencontrons le premier policier qui nous avait aiguillés et lui expliquons la situation. Avec satisfaction, nous constatons qu'il est de notre avis : c'est complètement stupide de ne pouvoir enregistrer notre plainte ici. Il nous demande alors de le suivre et nous atterrissons dans le bureau d'investigation criminelle. Malheureusement, l'officier est trop occupé pour pouvoir saisir notre plainte. Nous retournons alors dans le premier bureau avec un autre agent qui accepte enfin de nous entendre puis nous envoie photocopier la déclaration dans la petite boutique de reprographie située sur le trottoir d’en face ! Nous arrivons finalement à l'ambassade avec trente minutes de retard mais l'employée est encore là. Ouf ! Elle fait le nécessaire et nous partons soulagés.
Nous allons déjeuner dans la cevicheria la plus réputée de Lima, Segunde Muelle : ceviche classique et ceviche de mariscos a los tres ajies – ceviche de fruits de mer aux trois piments premier prix du concours du meilleur ceviche péruvien. Il est midi, le restaurant est vide alors qu'il est sensé être l'un de meilleurs de Lima. 12h30 : il est bondé, il y a la queue dehors, nous sommes arrivés à temps et nous nous régalons.

Les pyramides
L'après-midi est consacrée à la visite de deux pyramides en adobe – brique de terre crue, argile, eau et paille hachée durcie au soleil. La première, Huaca Huallamarca est une petite pyramide, une rampe permet d’accéder à son sommet. De là s'offre une belle vue sur San Isidro et ses alentours. Un petit musée expose une momie trouvée lors des fouilles.


Le second site, à Miraflores, Huaca Pucllana est plus particulier. Ancien centre administratif et cérémoniel de la civilisation Lima, il fut ensuite reconverti en cimetière par les Wari . La grande pyramide occupe le cœur du site. Elle a été construite, tout comme les autres édifices, grâce à une technique para-sismique connue sous le nom de « technique du livre », à cause de la similitude avec les rayonnages d'une bibliothèque. L'autre originalité vient du fait que le site été constamment remodelé au cours des trois siècles suivant sa construction : de nouveaux murs ont été montés. C'était probablement à chaque fois lors d'une cérémonie religieuse, à en juger par les vestiges mis à jour par les fouilles : céramiques, reste d'animaux marins...

Le départ
Le soir nous dînons au McDo (concession à la World Company, un passage obligé dans le cadre de notre enquête : le Tour du monde en 80 McDo) et constatons que les frites y sont « comme en France », c’est-à-dire comme dans tous les McDo !

Nous récupérons nos sacs à l'hôtel avant de nous rendre à l'aéroport à bord d'un taxi complètement fou (ce n'en était d'ailleurs pas un « vrai ») qui n’a même pas le droit d’entrer dans la zone aéroportuaire sous peine de se voir confisquer son véhicule, faute de permis ad-hoc. Nous parcourons donc les cent derniers mètres à pied, bien contents d’être arrivés sains et saufs. Passé le contrôle de police, il nous reste 60 soles en poche et plus un seul bureau de change ! Nos derniers deniers partiront donc dans l'achat deux cadenas à code – Samsonite, 30 soles pièce, ça pourra toujours servir !

Jour 15 : jeudi 22/01

Miraflores
Tôt le matin, nous rentrons à Lima en avion et nous nous rendons à Miraflores à la recherche d'un hôtel. Les taxis officiels sont plus chers mais beaucoup plus confortables que les tacots habituels. Mais tout comme eux, ce sont des rabatteurs officiels. Celui que nous avons choisi veut donc absolument nous amener dans un hôtel qu'il nous recommande. Et ce n'est qu'après avoir dit non à l'hôtesse de l'accueil qu'il consent (gentiment au demeurant) à nous conduire dans l'hôtel repéré dans notre guide. Malheureusement il est complet, il ne reste que des dortoirs, et c'est pareil dans les trois ou quatre suivants. Mais nous finissons tout de même par trouver une chambre libre et bon marché à l’Imperial Inn, un nom qui se révèlera bien présomptueux.
Une fois installés, nous allons admirer les belles mosaïques du Parque del Amor.


Puis nous déjeunons en face du parc Kennedy d'un très bon tacu tacu – plat de haricots blancs et de riz réchauffé et ré-assaisonné – aux fruits de mer et d'une salade César.

La plage
Cette après-midi, nous nous lançons dans une excursion vers la plage. Ce n'est pas très pratique d'accès, Lima se trouvant sur une falaise, il faut descendre au niveau de la « nationale » et la traverser (!) pour atteindre le bord de mer. Nous longeons la plage sur plusieurs kilomètres, elle est remplie de parasols et de Liméniens se baignant, car pour eux aussi, ce sont les vacances.


Nous continuons la promenade à San Isidro. C'est l'ancien quartier à la mode de Lima mais il reste toutefois peuplé par tous les « vieux riches ». Ce qui frappe, ce sont toutes ces vieilles bourgeoises de type espagnol, accompagnées de leur infirmière de type plutôt indien. La segmentation de la population est ici bien visible. Cela se répète à Barranco avec toutes les nounous indiennes gardant les petits de la bourgeoisie péruvienne.
Cette promenade dans les trois quartiers chics de Lima met en évidence les problèmes de sécurité de cette ville : toutes les villas et les immeubles sont ultra-protégés – agent de sécurité, barbelés et même parfois barrière électrifiée. Aucun hôtel n'est librement accessible, il y a toujours des portes fermées à double tour. La nuit, certains commerces restent ouverts mais impossible d'y pénétrer : l'entrée est barricadée, il faut alors payer et récupérer ses produits à travers la grille. Il y a des policiers qui circulent en permanence. Malgré tout ce déploiement (ou peut-être grâce à lui), ces quartiers sont très sûrs, et à aucun moment, nous ne nous sommes sentis en danger.
Suite à un problème de liquidités, nous ne dînerons pas dans le restaurant prévu à Larcomar mais nous atterrissons dans une cafétéria et finalement le dîner sera fort bon (et comme souvent, nous resterons ébahis devant les quantités phénoménales d'Inca Kola et de Coca-Cola ingurgitées par les autres clients).

Jour 14 : mercredi 21/01

Ollantaytambo
Rien n'a séché ! L'humidité est à son maximum ici. Nous rentrons à Ollantaytambo en train et partons visiter les ruines d'une des plus importantes forteresses incas, la seule qui vit les conquistadors perdre une bataille majeure. C'est un vaste site construit sur la montagne, surplombant le village éponyme.

C'est une nouvelle démonstration du savoir-faire inca en matière de travail de la pierre. En effet, le Temple du Soleil, érigé au-dessus des terrasses (la montée est toujours aussi dure en altitude...), possède un mur composé de six énormes monolithes de plusieurs dizaines de tonnes chacun parfaitement ajustés. Ils proviennent d'une carrière située à quelques kilomètres de là et ont dû demander un travail titanesque pour être hissés jusque là. Autre aspect remarquable de ce site, de nombreuses fontaines cérémonielles sont toujours en activité grâce à un système hydraulique perfectionné.

Las salinas
Nous prenons un taxi pour nous rendre à Tarabamba afin de visiter las Salinas. Nous demandons notre chemin à trois ou quatre personnes car celui-ci n'est pas balisé. Trente à quarante-cinq minutes plus tard, nous découvrons une carrière quasiment désaffectée, même si, ici et là, il y a quelques indices – baraquements, sacs de sel – montrant qu'elle doit encore être exploitée. Un toit en tôle bat avec le vent, on se croirait dans un western !


Une fois de plus, nous effectuerons le retour en colectivo. Comme à l'accoutumée, il est rempli aussi bien à l'intérieur que sur le toit – avec les baluchons des paysannes péruviennes. Mais à la différence des autres jours, quelque chose a dû se renverser et un liquide rouge et visqueux coule durant tout le trajet sur les vitres.
Pour bien terminer la journée, je mange enfin des papas a la huancaina, spécialité à base de pommes de terre et de fromage que j'avais découverte dans un petit restaurant Péruvien près de Beaubourg à Paris.

Jour 13 : mardi 20/01

En route pour le Machu Picchu
4h30 : heure du réveil pour être dans le premier bus. Le petit-déjeuner, très copieux, est composé d'une infusion, de fromage blanc, de fruits et de gâteaux (dont un aux carottes).
Nous ne serons pas dans le premier bus : il y a plus de cent personnes devant nous ! Le trajet vers le Machu Picchu est en fait une montée assez abrupte et longue. Afin d'économiser l'achat du ticket de bus (14$ !), certains montent à pied : les grands malades !
Nos premiers pas sur le site se font dans la brume – nous ne voyons pas à plus de cinq mètres devant nous – et sous la pluie.


Bien que nous soyons en pleine saison des pluies, la plupart des gens n'ont rien prévu pour se protéger et ont tous acheté des ponchos ce matin. C'est assez amusant de voir cette file ininterrompue de capuchons rouges, verts, bleus, jaunes...

Wayna Picchu
Le Wayna Picchu est une montagne surplombant la cité avec, parait-il, une magnifique vue. Mais afin de protéger ce site sensible, seules quatre cents personnes sont autorisées à y monter chaque jour. Nous faisons donc la queue pendant plus d'une heure pour obtenir le fameux sésame et entamons l'ascension – toujours sous la pluie. Celle-ci n'est pas simple, surtout dans de telles conditions atmosphériques, mais nous parvenons tout de même au sommet. Nos sacs, leur contenu et nous-mêmes sommes trempés jusqu'à la moelle. En haut, à notre grande surprise, nous constatons qu'une très grande variété de colibris vit là, à plus de 2600 mètres d'altitude. Mais c'est bien la seule chose que nous pouvons admirer car un rideau de brume masque l'intégralité du site du Machu Picchu. Nous patientons donc une heure, et au final, n'aurons qu'une fenêtre de vingt secondes avec une vue partielle du site, tout juste de quoi prendre une photo. Quelle déception !

Durant toute la matinée, la brume persistera, ajoutant une note magique à une journée qu’on pourrait intituler « Ruines dans la brume ». Afin d'avoir une vision complète du site, nous prenons un peu de hauteur en nous dirigeant vers la hutte du gardien. La vue y est magnifique, c'est comme une carte postale mais en mieux, et surtout, en vrai ! L'architecture, l'environnement et même cette brume que nous avons tant décriée donnent un aspect grandiose et irréel au site.



Pont de l'inca

Nous poursuivons notre chemin pour aller observer le fameux pont de l'inca : quinze minutes de marche sur un étroit sentier boisé à pic. A flanc de montagne, un étonnant pont à bascule laisse admirer la dangerosité de ce chemin... et nous ouvre l'appétit.
Sur le site, il n'y a qu'un restaurant situé à l'entrée – tout comme les toilettes – donc pour déjeuner, nous avons commandé à l'hôtel une « Box lunch » chacun. Mauvaise surprise en l'ouvrant : sandwich à la courgette grillée imbibé d'eau de pluie, jus de pêche, œuf dur (non écalé que nous mangerons nature), mandarine et banane. Un véritable festin à 8$ pièce...
Le retour se fait sous un déluge, nous nous abritons (comme une vingtaine d'autres personnes) sous la hutte du gardien en attendant que les cieux se calment.

Visite de la cité

Tandis que nous finissons notre déjeuner sur notre banc, nous assistons à un spectacle surprenant devant le « rocher sacré » – gros bloc monolithique imitant le relief d'une montagne : deux personnes posent les mains dessus et semblent vouloir le pousser. Puis, survient un groupe d'une quinzaine de personnes qui font toutes ce même geste. Mais heureusement, l'explication viendra par un couple de Français. Cette pierre est censée être plus chaude que les autres et restituer l'énergie de Pachamama, la terre nourricière. Personnellement, nous n’avons rien senti mais nous sommes prêts à reprendre le cours de la visite !

Le Machu Picchu est vraiment exceptionnel. Situé dans un environnement improbable, il est quasiment inaccessible et parfaitement préservé car les conquistadors ignoraient tout de son existence. Il n'a d'ailleurs été « redécouvert » qu'en 1911, grâce aux paysans du coin. Il est d'une richesse architecturale incomparable : ses multiples temples, ses représentations symboliques – tel le temple du condor qui figure les ailes et la tête de cet oiseau sacré des Incas -, son système complexe de fontaines et d'évacuation des eaux. Comme de nombreux autres sites, des terrasses dédiées aux cultures – plus de cinquante niveaux – permettaient de nourrir la population de la cité. Plusieurs monuments démontrent que les Incas avaient une parfaite connaissance de l'astronomie, et notamment l'intihuatana qui servait à prédire les solstices.

Bestiaire
Vers 15h00, lorsque les grands groupes partent (ils prennent certainement le train ce soir), le site devient quasiment vide et intimiste, il est agréable de s'y promener et de déambuler au hasard des ruelles et des constructions. Tout à coup, un mouvement furtif attire notre attention : un lapin. On sait maintenant d'où venaient les petites crottes que nous avions aperçues ici et là. Nous nous approchons discrètement et constatons que ce n'en est pas un. A posteriori, nous apprendrons qu'il s'agit d'une viscache – rongeur de la famille des chinchillas, un peu plus gros qu'un lapin, avec les mêmes oreilles, mais avec une queue d'écureuil. Cette bête étrange se déplace de mur en mur en faisant des bonds de plus d'un mètre !Un autre animal a colonisé le site : le lama.
Nombreux et non farouches, c'est une occasion unique d'en observer de très près en semi-liberté.

De retour à notre hôtel à 17h30, nous étendons vêtements, passeports, argent, appareils photos etc... afin de les faire sécher puis allons nous coucher. Ce soir nous faisons l'impasse sur le dîner, épuisés, mais heureux !

jeudi 25 juin 2009

Jour 12 : lundi 19/01

Chinchero et Moray
Deuxième jour dans la vallée sacrée. Nous prenons de nouveau un colectivo et descendons à Chinchero – petit village inca typique, lieu de naissance de l'arc-en-ciel selon les Incas.

Après avoir admiré ses petites ruines incas et sa petite église coloniale, nous reprenons un colectivo, direction Moray, notre prochaine étape. Pour s'y rendre, il faut s'arrêter à l'embranchement de Maras et, de là, prendre un taxi. Bizarrement, le bus ne s'arrête pas, jusqu'à ce que les passagers se mettent à hurler « Turistas, turistas »... C'est nous ! Complètement coincés au fond du bus, nous ne voyions pas la route et n'entendions pas les annonces faites à l'avant ! Grâce à cette intervention collective (c'est le cas de le dire), le chauffeur s'arrête et nous descendons en compagnie de deux touristes uruguayens avec qui nous partagerons le taxi – collectif lui-aussi comme nous le verrons rapidement. Au premier village traversé, hop, quatre Péruviens montent dans le coffre ! Après quelques kilomètres, nous arrivons à Moray. Le site était autrefois un laboratoire de cultures, il se présente sous la forme de deux ensembles de terrasses concentriques. Au milieu du plus grand des deux, une bande d'illuminés vêtus de blanc médite (on se croirait au sommet de la pyramide du Soleil à Téotihuacan).



D'Urubamba à Aguas Calientes
Pressés par le temps, nous décidons de faire l'impasse sur deux autres sites que nous pourrons visiter à notre retour du Machu Picchu. Le trajet entre Urubamba et Ollantaytambo est particulièrement désagréable. Je suis assis à l'arrière du minibus et me contorsionne sans savoir pour autant où mettre mes jambes. Il faut dire que je suis bien plus grand que la plupart des Péruviens ! Ma femme, quant-à elle, est à l'avant, juste derrière le conducteur, en face de deux adolescentes qui se régalent d'une nourriture en sachet non identifiée. C'est assez répugnant car c'est gras et ça se mange avec les doigts. Et quand c'est terminé, les deux filles jettent leur ordures par la fenêtre et s'essuient les mains sur la housse de la banquette – c'est plus rapide, gloussent-elles !
Au bout d'une demi-heure, notre calvaire prend fin :nous arrivons dans le petit village d'Ollantaytambo. Nous faisons le tour de la place à la recherche d'un restaurant. Celui que nous choisissons est au bord d'une petite rivière. Nous y mangeons un aji de gallina – émincé de poulet – et des brochettes d'alpaga avant de foncer prendre le train.
Celui-ci est minuscule car composé d'un seul wagon. Durant le trajet, une touriste se fait réprimander pour avoir jeté des bonbons par la fenêtre aux enfants venus mendier lors d'un arrêt pour aiguillage manuel.
Débarquement à Aguas Calientes : un marché à touristes puis... un immense bidonville.

Cette ville ne sert que de dortoir et de point de départ pour les touristes du Machu Picchu. Nous achetons nos tickets – entrée sur le site et bus – puis, sous un véritable déluge, partons à la recherche d'un hôtel. Celui que nous avions repéré, le Rupa Wasi, est affreusement cher mais après dix minutes de négociation, nous tombons d'accord sur un prix correct mais qui demeurera le plus élevé de tout notre séjour, et ce, pour une chambre totalement quelconque. Les restaurants s'avèrent tout aussi chers : nous y mangeons des spaghettis à la bolognaise accompagnés d'une Cuzqueña : la bière locale. Au moment de régler l'addition, nous constatons que c'est encore pire que ce que l'on croyait : le service n'est pas compris ! Cette ville n'est décidément pas comme les autres...

Jour 11 : dimanche 18/01

Pisac
Nous allons à la gare acheter nos billets du lendemain pour Aguas Calientes, la ville du Machu Picchu. Malheureusement, il n'y a plus de places pour le « backpacker » de 20h35 et nous optons donc pour le « vistadome », plus luxueux, bien évidemment plus cher mais surtout partant plus tôt, à 16h00. Nous devrons donc adapter notre programme.
La journée est consacrée à la visite des sites de la vallée sacrée situés entre Cusco et Pisac. La première partie du trajet doit se faire en colectivo. Après avoir acheté nos billets au guichet, nous prenons place sur des strapontins – respectivement derrière les sièges du chauffeur et du passager avant. Tout le monde a une place assise... mais ça ne dure pas longtemps. Quarante-deux secondes plus tard, premier arrêt, dix personnes montent, vingt secondes plus tard, il n'y a plus de place on se croirait dans le RER A un jour de grève ! Devant moi, une mère debout porte sa fille de deux-trois ans en train de s'endormir. Je lui propose donc de céder ma place à la chiquita mais elle préfère la déposer sur moi : pendant une heure je fais donc le trajet avec la petite dormant confortablement sur mes genoux.
Après deux heures de trajet, nous arrivons à Pisac. Comme chaque dimanche, toutes les marchandes des alentours se sont donné rendez-vous pour ce magnifique marché haut en couleur.
C'est étonnant de constater à quel point les paysannes ne font pas leur âge : elles sont toujours en train d'allaiter – dans les bus, dans les rues – alors qu'on leur donnerait cinquante ans passés. C'est sans doute dû aux conditions de vie, au soleil et au costume traditionnel.


Pisac est réputé, à juste titre, pour ses fours à pain : nous mangeons des empañadas de queso vraiment fabuleux qui nous redonnent des forces avant de s'attaquer aux ruines.


Sous une pluie parfois battante nous parcourons l'un des plus grands forts incas de la vallée sacrée. Les ruines comprennent trois zones distinctes, tant par leur fonction que par leur qualité architecturale. En haut de la montagne figure la zone résidentielle, la plus grossièrement bâtie. Toute proche se trouve la zone militaire avec en contrebas de superbes terrasses agricoles qui longent gracieusement les flans de la montagne. Après avoir traversé un tunnel creusé dans la roche, on trouve la zone cérémonielle, très bien conservée et de belle facture. Du chemin boueux et détrempé, on aperçoit de nombreux trous dans la falaise d'en face à environ cinq cents mètres : ce sont de surprenantes sépultures incas malheureusement pillées et interdites d'accès.



Autres sites de la vallée sacrée
Nous ne résistons pas au plaisir de regoûter aux empañadas (poulet et bœuf cette fois) puis reprenons le colectivo pour aller à Tambomachay. Ce site est remarquable pour son superbe système de fontaines qui fonctionne toujours, et ce, plusieurs siècles après sa mise en œuvre.
Juste en face se trouve le site de Pukapukara, d'où l'on a une très belle vue sur la vallée. Nous décidons (mais pourquoi une telle décision ?) de rejoindre le prochain site à pied. C'est beaucoup – vraiment beaucoup – plus long que prévu, nous manquons de revenir plusieurs fois sur nos pas, mais nous atteignons finalement Saqsaywaman ou ce qu'il en reste ! En effet, une grande partie des pierres des cathédrales espagnoles de Cusco proviennent de ce site, il ne reste donc que les plus gros blocs, intransportables – le plus lourd pesant plus de trois cents tonnes ! Une des particularités de ce site réside dans ses fortifications : vingt-deux mètres de murs en zigzag symbolisant, dans la représentation de Cusco en Puma, les dents de cet animal sacré pour les Incas. A l'époque, c'était un fort protégeant la capitale inca : on comprend pourquoi, il surplombe Cusco et du sommet la vue sur la cité est imprenable.


En face de ce site se trouve El Cristo Blanco, un genre de mini Christ rédempteur auquel de nombreuses religieuses rendent visite.

Afin de visiter Q’enko et ses galeries en zigzag et par la suite rentrer à Cusco, nous prenons un taxi. Le chauffeur nous propose alors de visiter le temple de la lune, qui ne figurait pas dans nos tablettes. Nous acceptons avec un brin de méfiance, mais le chauffeur se révèle être un excellent guide. Ce site mérite le détour – bien qu'une partie soit théoriquement inaccessible à cause de fouilles archéologiques en cours. Il s'agit d'un temple taillé dans le roc de la montagne. Nous pénétrons dans la salle des rituels et notre guide nous raconte comment se passaient et se passent certainement encore les cérémonies pratiquées dans ce temple. Le plafond est percé d'un trou qui laisse passer la lumière lors de la pleine lune. Il y fait sombre, mais on aperçoit toutefois des éléments rituels, base de la cosmologie inca comme le triptyque animalier serpent-puma-condor. Le serpent représente le monde souterrain, royaume des morts, le puma le monde terrestre, celui des hommes, et le condor le ciel, domaine des dieux. Nous retrouverons ces animaux sacrés sur tous les sites incas. Ici, les trois niveaux sont matérialisés par l'autel – le ciel – muni d'une marche intermédiaire – la terre – et le sol représentant le monde souterrain.
A la sortie de la salle, une profonde entaille dans le plafond bas symbolise, d'après notre guide, l'accouchement, le renouveau pour celui qui a assisté à la cérémonie comme s'il était expulsé de l'utérus dans lequel il était jusque là.
Une fois dehors, nous pouvons admirer – une fois qu'on nous les a montrés car nous sommes passés une première fois sans les voir – le serpent, le puma et le condor sculptés dans la roche.
En sortant du site, nous croisons un groupe de fumeurs de shit, ambiance baba cool ! Il est alors l'heure de rentrer à Cusco. Durant le trajet du retour, le chauffeur nous parle – entre autres – de sa famille et de la langue quechua, nous donnant un éclairage « authentique » sur la vie des Péruviens. Le soir, nous découvrons les pizzas au queso péruviennes : écœurés par tant de fromage nous ne les finirons pas malgré leur petite taille.

Jour 10 : samedi 17/01

Cusco
Selon la légende, Manco Capac, le premier Inca serait sorti des eaux du lac Titicaca avec un sceptre d'or : là où le sceptre s'enfoncerait aisément, il devrait fonder la capitale de son empire. Ainsi fut fondée Cusco.
Nous débutons notre visite de cette ville historique en nous dirigeant vers la plaza de armas où flottent de nombreux drapeaux aux couleurs de l’arc-en-ciel, symbole des Incas.


Les ruelles sont bordées de vestiges de murs incas, avec des pierres magnifiquement taillées dont la plus célèbre est la pierre aux douze faces. Deux guides d’une quinzaine d’années nous montrent les pierres remarquables (pas faciles à détecter) et nous font admirer la technique sans faille des Incas. Ces murs ont plus de cinq cents ans et sont toujours debout, malgré les nombreux séismes qui ont secoué la région – contrairement aux églises espagnoles, reconstruites quatre ou cinq fois. C'est encore grâce à nos petits guides que nous pourrons voir un signe étonnant : sur un des murs, certaines pierres dessinent – quand on sait comment les regarder – un puma, qui est aussi la forme de la ville. En effet, le neuvième Inca donna à sa capitale la forme d'un puma dont Saqsaywaman (site que nous visiterons par la suite) constitue la tête.


Par la suite, nous visitons Qorikancha, – cours d'or en quechua – un temple reconverti en couvent par les Espagnols. C'est un site étonnant où sont entremêlés ruines incas et symboles chrétiens.

Nous déjeunons dans un restaurant – Sumaq Misky – associant cuisine traditionnelle et moderne. Sa spécialité est le « Big Pac » : un hamburger d'alpaga.
L'après-midi, nous visitons le musée inca (très sympathique même si l'on a oublié ce qu'il y a dedans), achetons nos billets d’avion pour rentrer à Lima dans cinq jours (le paiement par carte est possible mais s’effectue encore au sabot) puis nous dirigeons vers le marché. Ce quartier est très différent du centre de Cusco qui est plutôt réservé aux Péruviens aisés et aux touristes. Ici, c'est beaucoup plus populaire. Nous pénétrons dans le marché : boucheries, étals remplis de légumes, queso, vêtements... A la sortie, je rencontre une vendeuse de gelatina rouge, là, sans hésitation, j'en prends une timbale à 5 soles – ceci dit je ne peux pas taire que deux jours plus tard, j'en ai vu à 0.50 soles... C'est d'une texture relativement bizarre – ça fait blup blup quand on le secoue, d'un goût relativement bizarre – indéfinissable, quoique que proche de la pseudo-grenadine qu'on trouve en France, et finira à la poubelle. Ce jour-là, j’ai vraiment fait ma B-A ! Le dîner – sandwich et pâtes Alfredo – ne restera pas dans les annales non plus.
Comme le restaurant, notre hôtel est situé dans le quartier de San Blas, très sympathique avec ses petites ruelles pavées. On y accède à partir de la plaza de armas en grimpant une rue escarpée. Comme nous ne sommes toujours pas habitués à l'altitude – Cusco est à plus de 3300 mètres – nous arrivons bien essoufflés en haut. Ajoutées à cela les migraines que nous ressentons de temps en temps (en particulier à Puno, point culminant du voyage avec 3800 mètres), on réalise que le mal des montagnes n’est pas une légende !